Qui sont les plus grands avocats pénalistes français du XXème siècle?

Qui sont les plus grands avocats pénalistes français du XXème siècle?

Qui sont les plus grands avocats pénalistes français du XXème siècle? 1500 843 Vanessa Stein

Qui sont les plus grands avocats pénalistes français du XXème siècle?

Le métier d’avocat pénaliste a représenté à plusieurs moment de l’Histoire de France un engagement pour les libertés, un engagement politique, à telle enseigne que certains avocats pénalistes incarnent aujourd’hui le vote d’une loi.

Qui sont les meilleurs avocats pénalistes, ou plutôt devraient on dire les plus grands avocats pénalistes français du XXème siècle? Au-delà de leur profession d’avocat pénaliste, des avocats ont mené des combats philosophico-politiques, milité pour les libertés publiques, défendu des idées. Bien au-delà de leur client, des faits jugés, ils ont fait avancer une cause. Ils ont ainsi parfois fait le procès de la loi. Ces combats ont alors permis des avancées de la loi. Quelques avocats pénalistes sont ici cités en exemple. Bien entendu, la liste n’est pas exhaustive. Il y en a tant d’autres…

Jean-Jacques de FELICE, avocat des jeunes défavorisés dans les bidonvilles de Nanterre, devenu avocat des militants du FLN, des indépendantistes Kanaks et Tahitiens, des mal logés de l’abbé Pierre, des étrangers en péril (membre du GISTI); Henri LECLERC, immense humaniste, a combattu pour les conditions des travailleurs en étant l’avocat des paysans, des mineurs de fond, de la CFDT, il a également milité pour la lutte pour l’amélioration des conditions de détention en particulier dans les prisons de haute sécurité, Président de la Ligue des droits de l’homme de 1995 à 2000 et membre de commissions de réforme pénale, notamment la commission Justice pénale et droits de l’homme présidée en 1990 par Mireille Delmas-Marty; Marcel MANVILLE, quant à lui, a participé à la fondation du MRAP (Mouvement national contre le racisme, l’antisémitisme et pour la paix) et a été fervent défenseur du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes pour avoir activement combattu pour l’indépendance de l’Algérie…

Il ne faut pas oublier non plus que beaucoup d’autres avocats pénalistes ont défendu et défendent encore les libertés publiques, dans l’ombre, et ils comptent tout autant parmi les meilleurs avocats pénalistes, parmi les plus grands avocats pénalistes.

« La fascination que suscite le criminel de sang est ambiguë. Elle est horreur et peur mêlées. Elle est condamnation du crime commis, mais aussi, refus de s’avouer que le criminel n’est pas fondamentalement différent de nous, qu’il est simplement notre visage le plus terrible. » L’exécution – R. BADINTER

Illustre avocat pénaliste, Robert BADINTER a été le défenseur de Patrick Henry, jugé pour l’enlèvement et le meurtre d’un enfant de huit ans.

Il a alors réussit à éviter à son client la peine capitale.

Selon l’anecdote, lors du procès Patrick Henry, il a dit à son fils cadet âgé de six ans, qui lui demandait s’il était vrai qu’il aimait défendre « les assassins d’enfants », qu’un « avocat est fait pour défendre les accusés, même les assassins d’enfants, mais que défendre, ce n’est pas aimer celui qu’on défend ».

Devenu Garde des Sceaux en 1981 (1981-1986), il a poursuivi son combat contre la peine de mort et fait voter la loi du 9 octobre 1981 portant abolition de la peine de mort.

Robert Badinter est un homme engagé et connu pour avoir mené plusieurs réformes à terme.

Président du Conseil Constitutionnel de 1986 à 1995 , puis sénateur des Hauts de Seine de 1995 à 2011, il a lutté en faveur de la réinsertion des détenus, pour les droits des homosexuels avec la suppression de la pénalisation des relations homosexuelles avec un mineur de 15 ans alors que les relations hétérosexuelles avec un mineur de cet âge étaient légales. Il a également relancé la commission de révision du code pénal et participé à la rédaction du nouveau code pénal. Il a encore porté des projets de loi. Ainsi, la création d’un régime spécial d’indemnisation des victimes d’accidents de la circulation ou l’instauration de peines non privatives de liberté comme les jours-amende.

Au niveau international, Robert Badinter s’est engagé pour que la France ratifie l’article 25 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme, qui donne aux particuliers la possibilité de formuler un recours contre la France devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme.

Il préside depuis 1995, la Cour européenne de conciliation et d’arbitrage de  l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe.

Robert BADINTER a aussi participé à l’élaboration de la Constitution de Roumanie, de même qu’il a été Président de la Commission d’arbitrage pour la paix en Yougoslavie.

Il  a écrit divers ouvrages sur la peine de mort, livre de chevet de tout étudiant en droit (« l’exécution » – 1973, « l’abolition » – 2000, « Contre la peine de mort » – 2006).

Il y décrit sa passion pour son métier d’avocat pénaliste,…

« L’audience, c’est la mer pour l’avocat d’assises: toujours imprévisible, parfois périlleuse. Ne demandez pas au marin pourquoi il aime l’océan. Il l’aime, voilà tout, c’est sa passion, son élément, sa vie. De même, l’avocat aime l’audience pour les bonheurs qu’elle lui dispense, les épreuves qu’elle lui réserve, et même l’angoisse qu’il ressent quand la fortune judiciaire l’abandonne. L’audience criminelle est pour lui comme le champ clos des tournois, le carré éblouissant du ring, le lieu magique de la souffrance, de la gloire et parfois aussi de la défaite. » L’abolition – R. BADINTER

…sa passion de défendre:

« En l’écoutant, je songeais à la parabole du frère de l’ombre. Chacun de nous, sur cette terre, a un « frère de l’ombre » qu’il ne connaît pas, un être humilié et misérable qu’il aurait lui-même été si Dieu ou le destin n’en avaient décidé autrement. J’avais souvent songé, dans mes moments de bonheur, à cette parabole. Et voici que, dans cette salle d’audience, celui des deux frères humains que la vie avait choyé demandait la mort de celui qu’elle avait accablé ». L’abolition – R. BADINTER

En effet, la délinquance fait horreur et inspire l’exclusion sociale de celui qui la commet. Pourtant, notre âme et celle du délinquant naissent du même creuset. Nos différences se révèlent de l’analyse de vos vécus dont certains n’ont pas pu juguler l’incontestable mal inné. C’est pour cela que pour bien défendre, il nous faut percevoir et comprendre cette partie enfouie de notre âme qui nous fait effroi.

  • Jeanne CHAUVIN: avocate pénaliste féministe, première avocate ayant plaidé en France

Jeanne CHAUVIN est une avocate française (1862-1926). Elle a été la deuxième étudiante titulaire d’une licence de droit en 1890 et la première française à soutenir son doctorat en droit en 1892, qu’elle a consacré à l’Etude historique des professions accessibles aux femmes. Elle y a revendiqué pour la femme l’égalité dans son éducation de même que son admission à toutes les professions. 

Le 24 novembre 1897 elle s’est présenté à la cour d’appel de Paris pour prêter le serment d’avocat. Elle n’y a alors pas été admise par la profession au motif que la loi ne permettait pas aux femmes d’exercer en tant qu’avocate, « exercice viril par excellence ».

Les motifs invoqués par la cour d’appel furent les usages, le droit romain, l’opinion commune, une certaine interprétation du silence de la loi, l’évidence.

La cour d’appel avait ainsi considéré que « dès lors que les textes sont muets sur la capacité des femmes, c’est que cette capacité est présumée ».

Jeanne CHAUVIN a alors mené une véritable bataille juridique ainsi qu’une campagne pour changer la Loi, avec le soutien de son frère Emile CHAUVIN, avocat, celui de Raymond Poincaré et de René Viviani.

Elle ainsi obtenu le vote de la loi le 1er décembre 1900, qui a donc enfin permis aux femmes d’accéder au barreau avec accès à la plaidoirie. 

Olga BALACHOWSKY-PETIT a été la première femme a prêter serment en France (5 décembre 1900). 

Jeanne CHAUVIN a quant à elle été la deuxième  femme à prêter serment comme avocate (19 décembre 1900), et la première femme avocate à plaider en 1901. 

Le récit de son serment a fait l’objet d’un article dans le journal Le Figaro. Elle a plaidé pour la première fois le 21 janvier 1901, (« l’accident de Choisy-le-Roi ») et est aussi connue pour sa plaidoirie sur la contrefaçon de corsets du 7 févier 1902. 

La profession d’avocat, y compris avocat pénaliste est désormais largement féminisée (plus de la moitié des avocats sont des femmes).

  • Gisèle HALIMI: avocate pénaliste engagée pour le droit des peuples à disposer d’eux mêmes, et pour le vote de la loi pour l’avortement

Avocate pénaliste engagée, Gisèle Halimi a tout d’abord défendu au travers de ses clients, le principe des peuples à disposer d’eux mêmes, et a dénoncé le rôle de l’Etat dans des cas d’injustices et de guerre.

Elle a donc commencé sa carrière en défendant les indépendantistes tunisiens et algériens. C’est ainsi que Gisèle HALIMI a été l’avocate de Djamila Boupacha, l’activiste algérienne arrêtée, torturée et violée par les forces françaises en Algérie. A l’occasion de ce procès ayant débuté en 1960, Gisèle HAMILI a largement dénoncé les traitements de l’armée française durant la colonisation. Quelques années plus tard, elle s’est engagé auprès de la Commission d’enquête du tribunal Russell-Sartre, qui a porté sur les agissements de l’armée américaine pendant la guerre du Vietnam. 

Gisèle HALIMI a également été l’avocate des femmes ayant avorté illégalement dans les années 1970. Signataire du manifeste des 343 – pétition regroupant des femmes célèbres qui ont avoué avoir déjà eu recours à l’avortement – Gisèle HALIMI a porté le procès de Bobigny en 1972 et en a fait un combat pour l’avortement. A ce procès, elle a été l’avocate de Marie-Claire, une jeune fille ayant avorté après un viol, et de sa mère qui a permis cet avortement. Le procès a été très suivis par les médias, et les deux prévenues ont été relaxées. Cette affaire a largement contribué à l’adoption de la loi Veil, en 1975.

En 1980, une nouvelle loi a qualifié le viol de crime, en partie grâce aux débats menés par Gisèle HALIMI, avocate d’Anne Tonglet et Araceli Castellano, au procès d’Aix.

Gisèle Halimi a encore été l’avocate de personnalités telles que Simone de Beauvoir et de son compagnon Jean-Paul Sartre ou Françoise Sagan et Henri Cartier-Bresson.

« Je n’ai jamais raconté les nuits d’avant procès. Les nuits blanches, devrais-je dire, suivies des aubes angoissées où je bois café sur café. Je « possède » mon dossier, je l’ai travaillé jusque dans les moindres détails. Probablement ai-pris le temps, la veille, de faire une longue marche au hasard des rues ou à travers le Champ-de-Mars. Imperméable aux bruits de la ville et concentrée sur l’affaire: prouver l’innocence ou présenter une culpabilité « humaine », celle à qui nul n’aurait échappé dans les mêmes circonstances. Exposer – toujours- l’irréductible noyau d’humanité que porte quiconque, serait-ce un criminel. Exercice passionnant, presque une jouissance. Celui qui ignore cet étrange bonheur qui mêle, en un noeud permanent, une petite douleur au creux de l’estomac à l’excitation d’une argumentation triomphante ne connaît rien au métier d’avocat pénaliste ». Une farouche liberté – G. HALIMI avec A. COJEAN.